Le contexte

Ils habitent aux quatre coins du monde et ils s’étaient donné rendez-vous ici. Les grands-parents sont guadeloupéens, partis vivre aux États-Unis depuis longtemps, et ce voyage avait un objet précis : ramener toute la famille sur leur terre, faire découvrir leur île et leur culture aux enfants et aux petits-enfants. Huit personnes, trois générations, tout le monde disponible en même temps pour une fois.

C’est la maman qui m’a écrit. Cette famille fait une séance photo professionnelle par an, où qu’elle se trouve, et cette année elle a choisi de me la confier. On est partis sur La Loverie, quarante-cinq minutes, qui est le bon format quand on est huit : assez de temps pour que chacun se détende, pas assez pour que quiconque s’ennuie.

Le lieu

Bois Jolan, sur la commune de Sainte-Anne, en Grande-Terre. On y accède en voiture sans difficulté : depuis Pointe-à-Pitre on passe Le Gosier, on traverse le bourg de Sainte-Anne, on continue tout droit, puis on tourne à droite au rond-point, sur la route de Bois Jolan. La plage arrive quelques centaines de mètres après.

Avec un groupe de huit personnes, dont deux petites filles et des grands-parents, ce qui fait la différence c’est le parking. Il est immense et il donne directement sur la plage principale : aucune marche d’approche, tout le monde arrive frais. Le sable y est très clair, les cocotiers penchés donnent à la fois de l’ombre et un premier plan, et si on veut s’isoler, un sentier part du bord et mène plus loin à de petits carbets beaucoup plus sauvages.

Deux petites filles courent main dans la main sur la plage de Bois Jolan, à Sainte-Anne, le reste de la famille avançant à quelques pas derrière elles.

L’heure et la lumière

Sept heures du matin. Tôt, mais pas au point que ce soit une épreuve, et c’est justement le créneau que je propose aux familles qui arrivent de loin : avec le décalage horaire, une bonne partie du groupe est réveillée depuis un moment.

Le soleil était levé depuis un moment lui aussi, mais encore à la cime des cocotiers. La lumière arrivait de côté au lieu de tomber d’en haut, dorée et rasante, et personne n’a plissé les yeux de toute la séance.

Ce qui s’est passé

Je commence toujours de la même façon : les chaussures restent sur le sable, et tout ce qui ne fera pas joli sur une image, les téléphones, les lunettes de soleil, les élastiques aux poignets, part dans mon sac à dos. Je le porte pendant toute la séance, comme ça personne n’a besoin de retourner à la voiture.

Le grand-père est resté en retrait au début. Peu de regards vers moi, une réserve tranquille, et je me suis dit que ça prendrait du temps. Il a fallu quelques minutes. Et c’est lui qui est venu me trouver à la fin pour demander si on pouvait ajouter deux ou trois images de sa femme et lui, tous les deux. Sur celles-là, il éclate de rire et elle le regarde comme une adolescente. C’est l’image que j’ai retenue de toute la matinée.

Séance famille à Bois Jolan, à Sainte-Anne : les grands-parents face à face, lui en plein fou rire, elle qui le regarde, émue.

Le reste a suivi tout seul. Le papa et son beau-frère qui font sauter les deux petites en l’air jusqu’à ce qu’elles en redemandent. Une danse sur le sable, sans musique, où même les grands-parents s’y sont mis. C’est ce genre de moment qui décomplexe une séance : plus personne ne se demande où mettre ses mains.

Toute la famille danse sur le sable de Bois Jolan, à Sainte-Anne, bras en l'air sous les cocotiers, les deux petites filles courant autour du groupe.

Une partie de la famille vit en anglais au quotidien. Quand une consigne ne passait pas, je basculais en anglais et on repartait. On a fait cette séance moitié dans une langue, moitié dans l’autre, sans que la bascule se remarque. Je parle franglais à la maison, j’étais dans mon élément.

Ce qu’on n’a pas pu faire, ce sont les pieds dans l’eau. Les sargasses arrivaient ce matin-là. Elles étaient encore au large, sans aucune odeur, et je les ai gardées hors du cadre, mais on a renoncé aux éclaboussures, alors que c’est souvent comme ça que j’aime terminer une séance au bord de l’eau. On est restés sur le sable, les cocotiers derrière, et la mer est quand même dans les images.

Ce qu’ils en ont dit

De la douceur et un talent incroyable, Pauline a su mettre à l’aise toute la grande famille et capturer les moments de vie avec une très belle lumière. On a passé un chouette moment en sa compagnie. Je la recommande chaudement.